Formation dératisation, désinsectisation, désinfection et CERTIBIOCIDE
Formation dératisation, désinsectisation, désinfection et CERTIBIOCIDE

Ici, vous trouverez des informations fiables sur les murinés

 

Les rongeurs commensaux

 

 

     Les rongeurs constituent 40 % des mammifères et occupent tous les habitats de la planète. Ils ont une dentition caractérisée par l’absence de canines et des incisives hypsodontes (à croissance continue). Ils sont ainsi obligés de ronger, même sans avoir faim. Leur rôle dans l’écosystème terrestre consiste en la dégradation des déchets ou surplus, produits par la végétation et les autres êtres vivants.

 

     Dans la nature, leur population est régulée par plusieurs prédateurs : rapaces, mustélidés, serpents, félidés, canidés… Dont la population augmente ou se réduit, elle aussi, corollairement à celle des rongeurs. En ville, sauf exceptions rarissimes (quelques faucons crécerelles et pèlerins qui nichent dans des beffrois ou clochers, et des busards aperçus parfois en milieu suburbain), l’unique prédateur des murinés est l’homme, anecdotiquement assisté des chats et chiens ratiers.

 

     Quelques muridés sont commensaux, c'est-à-dire qu’ils se nourrissent à notre détriment en occasionnant peu de nuisances. Cette notion héritée des romains, qui ne connaissaient ni l'électricité, ni le gaz, ni les immenses silos de grains, est remise en question par les conséquences des dégâts dus aux rongeurs : pertes de nourriture, pannes électriques, incendies, accidents de transports, chaussées affaissées par des terriers...

 

     La sous-famille des murinés, qui regroupe les seuls rats et souris, est la plus présente dans nos espaces de vie.

 

Tous les dessins de cette série sont de Jean-Luc Bessou.

 

 

 

 

 

 

 

 

Lérot (Eliomys quercinus)

 

  • Est considéré comme semi commensal
  • Est un gliridé
  • S’apprivoise, ce qui indique des capacités cognitives proches des murinés
  • N’aime pas la ville, mais s’aventure à sa périphérie, en lisière de la campagne
  • Arboricole, fréquente les haies et broussailles et apprécie l’abri chaleureux des granges et des sous-toits isolés avec de la laine de verre
  • Masque noir autour des yeux
  • Corps 15 cm, queue plus courte que le corps
  • 60 à 120 g
  • Vit 3 à 4 ans
  • Une portée par an, de 2 à 7 petits
  • Omnivore, mais préfère insectes, mollusques et larves (la texture des fèces est alors filandreuse, proche de celles du hérisson)
  • Hiberne
  • Il n’est pas vraiment nuisible et a le statut d’animal protégé dans certaines régions. Il peut nuire à notre sommeil lors de ses bruyantes agapes nocturnes sur les poutrelles soutenant un plafond

Mulot (Apodemus sylvaticus)

 

  • C’est la souris sauteuse
  • Un peu plus gros que la souris, avec arrière train plus fort et une queue plus longue que le corps (mais autotomie caudale fréquente)
  • Oreilles plus développées
  • Corps 7 à 15 cm
  • 20 à 35 g
  • Vit 2 à 4 ans
  • 3 portées par an, de 4 à 9 petits
  • Fréquente les haies, les lisières de forêt, les jardins, abris, garages…
  • Rarissime à l’intérieur de nos logements, où il fait trop chaud pour lui
  • Omnivore, avec préférence pour insectes, larves, escargots, graines, baies, jeunes pousses… (Texture des fèces filandreuse, si alimentation constituée essentiellement d’insectes)

Souris (Mus musculus)

 

  • Parfaitement adaptée à la vie en nos habitations ; elle se trouve aussi à l’extérieur dans les régions chaudes du midi
  • Corps 5 à 10 cm
  • 30 à 50 g
  • Queue plus longue que le corps. Une souris à queue courte est présente dans le midi méditerranéen
  • Vit 1 à 3 ans
  • 5 à 15 portées par an, de 5 à 12 petits
  • Excellente grimpeuse
  • Territoire réduit à quelques m², en trois dimensions (sol, parois et plafond), parcouru erratiquement
  • Sa présence s’entend la nuit par des bruits de grignotements et se voit dans la journée par des crottes de la taille d’un grain de riz, répandues dans la zone d’activité
  • Fait des nids de chiffons, papiers…
  • Omnivore à tendance granivore
  • Pèle les grains
  • Peu de besoins en eau, donc urine très odorante

Rats noirs (Rattus rattus - en haut - , Rattus alexandrinus - en bas - et Rattus frugivorus

 

 

  • Tous les rats ayant la queue plus longue que le corps et de grandes oreilles ;
  • Corps 15 à 20 cm
  • 200 à 250 g
  • De 3 à 10 portées par an, de 3 à 10 petits
  • Vivent 1 à 3 ans
  • Omnivores à tendance frugivore et granivore
  • Font des nids au sec et en hauteur
  • Excellents grimpeurs (arboricoles)
  • Affectionnent les endroits secs et chauds
  • Défèquent 10 à 30 fèces/jour (selon alimentation)
  • R. rattus, généralement entièrement noir, s’adapte fort bien aux milieux urbains et suburbains et ne peut vivre que dans les locaux sous les climats frais
  • R. alexandrinus et R. frugivorus ont le pelage généralement noir ou gris, et le ventre blanc ou gris. Méditerranéens, ils restent plutôt cantonnés à la campagne et ses habitations, dans le sud de l’Europe et autour de la méditerranée

 

Surmulot (Rattus norvegicus)

 

  • Le plus commun des rongeurs commensaux
  • Queue plus courte que le corps, petites oreilles
  • Corps 20 à 30 cm
  • 250 à 350 g
  • De 3 à 10 portées par an de 3 à 10 petits
  • Vit 1 à 3 ans
  • Omnivore à tendance carnivore (régime alimentaire identique au chat)
  • Creuse des terriers, ou aménage des nids là où il ne peut pas creuser
  • Affectionne les endroits frais et humides
  • Parfaitement adapté au biotope urbain et particulièrement à celui de l’égout
  • Boit beaucoup : 10 % de son poids par jour
  • Urine 15 à 20 ml/jour (urine peu odorante)
  • Défèque 15 à 40 fèces/jour (selon alimentation)

Performances :

  • Sa mâchoire exerce une pression de 500 kg/cm2
  • Ses incisives hypsodontes se taillent naturellement en biseau du fait des duretés différentes de l’émail et la dentine
  • Sont mises en œuvre 5 fois par seconde pour ronger
  • Saute 2 m en longueur et 60 cm en hauteur
  • Creuse couramment jusqu’à 40/50 cm de profondeur (bien plus, s’il est guidé par le mur d’une fosse)
  • Court aussi vite que Carl Lewis (10 s/100 m)

 

Reproduction

 

     La vie des rongeurs est conditionnée par la nourriture disponible, ou ressources trophiques, et les possibilités de nidification. Ils se reproduisent ainsi en plus grand nombre et plus souvent en période d’abondance et périclitent lors des épisodes de carence alimentaire. Ils prospèrent logiquement davantage dans un milieu quasiment dépourvu de prédateurs, comme la ville (rats), ou nos lieux de vie privés ou public (souris).

 

     La fécondité des murinés est ainsi comprise entre 3 à 10 générations par an et des portées de 3 à 10 petits, chiffres qui peuvent exceptionnellement monter à 12 petits, 12 fois dans l’année. Un mâle de souris, par exemple, peut féconder 20 femelles en chaleur en six heures.

 

     En théorie, un couple de surmulots pourrait avoir 5.000 descendants en un an. Dans les faits, c'est beaucoup moins car les colonies régulent leur population; voir plus bas.

 

 

Métabolisme, alimentation

 

     Le métabolisme conditionnant les performances physiques, un rat vieux et malade a un métabolisme supérieur à celui d’un champion olympique de décathlon, ce qui explique des performances étonnantes pour sa taille (cf. précédent article). Et la souris est quatre fois plus active que le rat !

 

     Un muriné consomme l'équivalent de 10% de son poids par jour et métabolise jusqu’à 80% de ce qu’il a ingéré. La moyenne consommée par individu, entre les jeunes et les adultes, est de :

     - 25 g/jour pour le surmulot ;

     - 20 g/j pour le rat noir ;

     - 2,5 g/j pour la souris et le mulot.

     Dans la nature, où les conditions de vie sont bien plus dures qu'en laboratoire, bien des murinés vivent en consommant journalièrement l'équivalent de 5% de leur poids.

 

     Comme pour tous les mammifères, la nature et la qualité de l’alimentation influent sur le nombre journalier de fèces (crottes), qui peut monter exceptionnellement à quarante par jour pour le surmulot.[1]

Généralement, les rats et souris défèquent une à deux fèces par heure d’éveil. Il s’agit d’un élément important pour le dératiseur, qui peut en dénombrant les crottes fraiches, procéder à une évaluation du nombre d’individus présents sur une zone infestée.

 

     Attention : beaucoup de crottes, mais toutes sèches, indiquent qu’il y avait bien des rongeurs mais qu’ils ne sont plus là ! Seules celles s’écrasant sous la lame d’un couteau, donc fraiches du jour, sont à considérer.

 

     Leur gros appétit est le point faible des murinés et c’est donc en les attaquant sur le terrain de la nourriture que la dératisation a le plus de chances de réussite. C’est la raison d’être des appâts rodenticides empoisonnés, classés comme biocides par la règlementation européenne.

 

     Bien qu’omnivores et capables de s’adapter à toute sortes de situations, la souris est plutôt granivore, les rats noirs plutôt granivores et frugivores et le surmulot plutôt carnivore (son régime alimentaire est très proche de celui du chat).

 

     Ils font des provisions à l’approche de l’hiver et il est constaté des pics d’activé au printemps et à l’automne.

 

 

La résistance aux anticoagulants

 

     Les anticoagulants ou AVK (pour Anti Vitamine K) constituent la matière active des biocides autorisés. Il est considéré trois générations d’AVK en fonction de leur ancienneté (les premiers datent des années 50) et de leur virulence (les dernières molécules - difethialone, brodifacoum - peuvent tuer un rat en une ou deux prises). Le poison s’accumule dans le foie et provoque des hémorragies internes qui affaiblissent l’animal jusqu’à sa mort. Il ne peut donc établir un lien cognitif entre son affaiblissement progressif et son alimentation.

 

     L’appétence insuffisante des appâts du commerce (par rapport à l’alimentation saine) et les mauvaises pratiques de bien des dératiseurs professionnels ont fini par provoquer l’apparition de souches de rats résistants aux anticoagulants. Les rats qui ne consomment que partiellement ou occasionnellement des appâts empoisonnés n’absorbent pas de doses létales d’AVK et s’immunisent progressivement sur deux modèles :

    - Une résistance métabolique, à l’exemple des hommes gros fumeurs et/ou alcooliques;

    - Une résistance génétique par mutation du gène vkorC1.

 

     Des prélèvement effectués dans l’Europe entière indiquent que ces phénomènes sont répandus là où l’on dératise en continu depuis des décennies.

 

     Toutefois, les rats mutants sont rachitiques (200/250 g au lieu de 300/350g), peu vigoureux et moins féconds que les autres rats. Il ne s’agit donc pas de « super rats » comme une certaine presse l’annonce.

 

 

Hygiène

 

     Comme tous les mammifères, les rats et souris se toilettent souvent, en utilisant leur langue et leur grande souplesse pour atteindre presque toutes les parties de leur corps. Le toilettage mutuel complète ces pratiques d’hygiène.

 

     Ils séparent aussi leurs lieux de vie de leurs lieux d’aisance. Les fèces se trouvent donc sur la zone d’activité (souris), le long des voies de cheminements et devant les terriers ou nids, mais quasiment pas à l’intérieur de ceux-ci (rats).

 

     Les fèces permettent l’identification du muriné et donnent des indications sur sa population : des diamètre différents (anus) indiquent autant de générations.

 

 


[1] Certains auteurs avancent 20.000 crottes/an pour le surmulot. Un rapide calcul montre que cela représente une fèces toutes les 16 minutes en période d’éveil. Ce qui n’est pas constaté avec les rats d’élevage ou sauvages en bonne santé.

Fèces de surmulots

 

3 générations

Fèces de rat noir

 

1 génération

Fèces de jeunes mulots

 

1 génération

Fèces de lérots

 

2 générations

Attention de ne pas confondre !

 

 

 

Fèce de gecko

 

 

 

 

  • Les chauves-souris font des crottes un peu plus grandes que celles des souris, mais elles sont regroupées (sous l’endroit où se pend la chauve-souris), sentent fort et ont une texture filandreuse (régime insectivore) ;

 

  • Les geckos (lézards du midi de la France) font des crottes aussi grandes que celles des rats et se terminent par une petite boule blanche. Elles se trouvent sur des endroits où ne circulent pas les rats : appuis de fenêtres, escaliers…

 

Longévité

 

Elle dépend des conditions de vie et dépasse rarement 12 mois à l’état sauvage. Les rats de laboratoire vivent jusqu’à 3 ans.

 

 

 

 

 

Les murinés : physiologie et choix des aliments

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Physiologie

 

Vue

 

     Elle est faible et en « niveaux de gris et blancs » très contrastés, ce qui permet aux murinés d’être à l’aise dans la pénombre. D’ailleurs, ils sont actifs peu après le coucher du soleil et jusqu’à son lever (ils sont nyctalopes).

 

Ouïe

     Elle est excellente et très sensible aux ultrasons (> 100.000 Hz) et infrasons. Les mères surmulots utilisent aussi une forme d’écholocation (cf. le sonar) pour communiquer avec leurs petits dans le noir. C’est la raison d’être des dispositifs de lutte à ultrasons qui, en perturbant leur audition, chassent les rongeurs et en dissuadent d’autres de s’installer.

 

Toucher

     L’usage de ce sens est plutôt réduit. C’est avec le museau et leurs vibrisses (« moustaches ») que les muridés explorent leur environnement immédiat ; ils utilisent aussi le « toucher » du pelage, en rasant les murs lors de leurs déplacements, et la sensibilité des coussinets de leurs pattes. C’est la raison d’être des dispositifs de lutte à infrasons qui, en faisant vibrer certaines surfaces, produisent les mêmes résultats que les ultrasons.

 

Odorat

     C’est le point fort des murinés, qui vivent en fait dans un monde d’odeurs, au sens ou la perception de leur environnement est essentiellement olfactive. Les vibrisses entourant le museau sont extrêmement sensibles aux moindres mouvements d’air et indiquent avec une grande précision la direction et la distance de l’endroit où se trouve la source d’odeur perçue. Elles font intégralement partie du système olfactif des murinés : Les rongeurs qui les ont partiellement coupées ont plus de difficultés que les autres pour se nourrir et se déplacer.

 

     L’odorat des murinés est dix fois plus sensible que celui des chiens, qui est lui-même cent fois plus développé que celui des humains. La capacité à différencier les fragrances composant une odeur est manifeste dans la recherche de nourriture dans des détritus : Les rats ne se jettent pas sur ce qui se présente en premier mais recherchent ce que leur odorat a détecté, qui peut se trouver au cœur d’un sac d’ordures. Ils peuvent ainsi trier les éléments d’un repas et éviter ce qu’ils n’aiment pas ou qui est douteux (granulés empoisonnés, par exemple).

 

     En outre, l’odorat des murinés permet une forme de communication : Un individu qui perçoit l’odeur d’un aliment dans l’haleine et le pelage d’un compagnon en bonne santé, est en confiance pour consommer à son tour cet aliment. Et inversement si le compagnon est malade.

 

     Notons que certains rongeurs photographiés semblent regarder l’objectif photographique, alors que pourtant ils ne voient pas le photographe et son téléobjectif : Ils ont par contre capté son odeur et savent exactement où il se trouve. La distance étant jugée non dangereuse, ils ne fuient pas. C’est ainsi que nombre de photographes animaliers soutiennent que si les rongeurs se sentaient en danger ils fuiraient. Aussi s’efforcent-ils d’être apaisés et rassurants pour les animaux, lors de leurs prises de vue. Effectivement, il semble que tout comme nos chiens domestiques, les rats peuvent percevoir les hormones spécifiques de l’état d’âme des humains proches d’eux. Voilà pourquoi un bon dératiseur n’a pas peur des rats, ni ne leur manifeste de l’agressivité. S’il espère que les rats accordent de l’attention aux appâts ou pièges qu’il leur propose, encore faut-il qu’ils se sentent en confiance, plutôt qu’en défiance.

 

    L’odeur de l’homme ne dérange pas vraiment les murinés, puisqu’ils vivent à ses côtés et à ses dépends, mais il faut tenir compte du contexte de la dératisation pour ne pas commettre d’impair. Dans un endroit animé et parcouru régulièrement par l’homme, une énième odeur identifiée sur les dispositifs d’appâtage ne stimulera pas leur méfiance. Par contre, dans des lieux calmes et rarement fréquentés par l’homme, une nouvelle odeur humaine excitera leur néophobie et ils mettront du temps à goûter aux appâts, mêmes sains.

 

     Voilà pourquoi nous conseillons aux dératiseurs d’utiliser des gants en peau, qui sont frottés dessus et dessous sur le sol du site à traiter, avant de manipuler postes d’appâtage et appâts. Et pour être cohérent, il convient d’éviter d’être porteur d’odeurs non naturelles : Tabac, parfum, alcool, hydrocarbures…

 

Goût

La langue des murinés contient moins de bourgeons gustatifs que celle des hommes, et comme par ailleurs ils ne vomissent pas, ils goûtent donc longuement un aliment inconnu avant de l’avaler ou de le recracher. Comme tous les mammifères, ils préfèrent des aliments frais et sains à des aliments rancis ou dégradés par une activité bactérienne ou fongique.

 

 

Choix des aliments

 

     Il se fait sur les zones de circulation du domaine vital et pas ailleurs. Si la source habituelle de nourriture est tarie, ils migrent un peu plus loin, jusqu’à ce qu’une nouvelle odeur alimentaire soit perçue et qu’une opportunité de nidification se présente à proximité.

 

     Seul le critère olfactif est utilisé pour le choix de la nourriture : Soit directement à la source de nourriture, soit par les odeurs du museau des compagnons qui viennent de manger. Les rats n’ont alors aucune peine à retrouver la source de ces odeurs en suivant la piste parcourue par leurs congénères.

 

     Les aversions alimentaires directes résultent toujours d’un traumatisme : Mauvais goût, maladie consécutive à l’absorption, odeur d’un « prédateur »… (un dératiseur qui effrait les rats en tapant le sol et en criant est assimilé à un prédateur - nous expliquons pourquoi plus loin).

 

     C’est ainsi que les mères apprennent à leurs petits à s’écarter de certains aliments ou objets (boites d’appâtage, par exemple).

Notons qu’il n’y a pas de goût universel chez les murinés : Différentes colonies développent différentes préférences et aversions. Voilà pourquoi une dératisation réussie chez X ne le sera pas chez Y, bien que le raticide utilisé soit identique.

Les rats ont en effet un véritable côté « gourmet » ; voyons quelques preuves.

 

 

 

 

 

Les appâts présentés le 18 (photo du haut) et vérifiés trois jours plus tard ont été déplacés sur plus d'un mètre, sentis par des dizaines de rats, et seul les appâts en sachets bleu clair ont été consommés.

 

     Ce n'est pas la molécule anticoagulante de ces appâts-la qu'aiment les rats, puisque les anticoagulants sont inodores et sans saveur, c'est l'adjuvant alimentaire.

 

     Imaginez le nombre de dératisation loupées avec l'utilisation d'appâts non appétissants...

 

 

 

 

 

 

 

 

     Voyons un autre exemple avec de la nourriture saine

 

 

 

 

Des boulettes pour chiens sont présentées.

 

 

 

 

Le lendemain, la viande a été consommée, mais la gelée a été laissée.

 

 

 

 

 7 jours plus tard, la gelée est consommée, mais il en reste.

 

Ces rats-là n'aiment pas la gelée, mais s'ils n'ont rien d'autre à manger, ils sen contentent.

 

 

 

 

 

     Ces photos témoignent des difficultés que représente la dératisation chimique : Il convient que l’appât soit plus appétissant que la nourriture saine. C’est ainsi que la notion de concurrence alimentaire est le problème n° 1 de la dératisation.

 

     L’insensibilité aux amérisants tels que le Bitrex, inclus dans la formulation de certains rodenticides pour des raisons de sécurité, est relative. Bien que les rats supportent les saveurs amères, Il n’y a pas de règle et il arrive régulièrement que l’appât avec Bitrex soit ignoré. Il en est de même pour certains appâts à la saveur anisée.

 

     « Présenter du choix » est donc primordial pour réussir une dératisation. Proposer un assortiment de plusieurs appâts rodenticides permet de constater celui ou ceux qui sont préférés par les rongeurs cibles. Dans certains cas de concurrence alimentaire sévère, il faut envisager l’amélioration de l’attractivité des appâts du commerce. Il s’agit d’une pratique experte réservée aux professionnels qui s’entourent de toutes les précautions d’usage pour ne pas attirer d’espèces non cibles (chiens ou chats, par exemple).

 

     En matière de nourriture, le rat noir (Rattus rattus) est beaucoup plus méfiant que le surmulot (Rattus norvegicus), par contre, la souris (Mus musculus) est moins méfiante. En conséquence, la lutte contre les rats noirs suppose une expertise rare, même chez les professionnels. S’il n’est pas possible de priver Rattus rattus de sa source habituelle de nourriture, il sera difficile, et long, de lui faire accepter d’autres aliments, qui devront être placés sur son trajet depuis le nid, dans des dispositifs d’appâtage imprégnés des odeurs de l’endroit (et pas de ceux d’un fourgon ou d’un local de stockage quelconque).

 

     La souris, très éclectique, circule sur des zones de quelques m² qu’elle parsème de ses fèces. Il est donc assez facile d’identifier sa source de nourriture saine, ce qui conditionne le choix de l’appât, qui doit être placé dans sa zone d’activité et pas ailleurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vie sociale

 

 

     Les murinés vivent en colonies qui, généralement, regroupent trois générations et comptent une vingtaine d’individus. Les plus petites colonies en comptent trois, les plus importantes une centaine. Ce groupe est hiérarchisé sur le critère de la force physique et de la force physique seule. Ce qui conditionne trois niveaux :

  • Les murinés dominants (α - alpha) ;
  • Ceux de second rang (β - bêta) ;
  • Et ceux de dernier rang (ω - oméga) ;
  • Un quatrième rang est constitué des rats β’ « indépendants », ou « autonomes », qui quittent rapidement la colonie pour migrer ailleurs.

     Le sexe n’est pas déterminant et de nombreuses observations indiquent des dominations matriarcales, bien que ce soient les mâles qui s’occupent de la protection des ressources vitales contre les intrus (points de nourriture et de nidification). La domination des femelles repousse en effet les jeunes mâles reproducteurs vers les limites de ce domaine vital.

 

     Les bagarres fréquentes qui animent la vie des colonies, dites « interactions agonistiques », servent essentiellement à valider les statuts α, β, ω, qui ne sont pas figés. Un jeune rat, mâle ou femelle, commence toujours sa vie en ω, en grandissant il devient β et parfois α. En vieillissant, il redevient β puis ω, même s’il est parfois constaté que le « privilège » de l’âge permet à de vieux α de se maintenir quelques temps, malgré des forces déclinantes.

 

     Ces comportements agonistiques sont beaucoup plus rares chez les rats sauvages que chez les rats d’élevage. Ils se résument à de brefs affrontements quand un jeune mâle s’approche trop près de l’entrée d’un terrier qui n’est pas le sien, ou quand un « étranger » s’approche d’un point de nourrissage. C’est par exemple le cas dans des dépôts d’ordures à ciel ouvert (rarissimes aujourd’hui) et les « no man’s land » au bas des bâtiments de prison.

 

     La hiérarchisation sociale basée sur la force physique assure la survie des plus forts et donc de l’espèce. En effet, les femelles et mâles les plus forts se reproduisent entre eux et accèdent à la nourriture en premier ; leurs terriers ou nids sont d’ailleurs les plus proches des sources de nourriture, ceux des individus dominés sont plus éloignés, et ont plus de difficultés pour se nourrir.

 

     Cette hiérarchie incite ainsi les autonomes (β’), généralement de jeunes mâles, et les plus faibles (β et ω), à migrer et constitue donc le principal moteur de la prolifération murine[1]. Les rats vus en plein jour, alors qu’il n’y a pas de travaux ou d’activités humaines susceptibles de déloger les colonies installées, sont généralement des rats de dernier rang, obligés d’affronter le jour et ses dangers pour trouver pitance. En effet, les rats dominants les repoussent des points de nourrissage, car comme tous les mammifères, les rats aiment manger en paix[2].

 

     L’exemple le plus représentatif sont les dalles de grands ensembles d’immeubles : il y a suffisamment à manger pour 50 rats dans un container à ordures ménagères, mais il n’y a de la place que pour 3 ou 4 rats ; des dominants α, donc. Qui quittent les lieux une fois nourris et sont remplacés par des dominés β, « à tour de rôle » jusqu’au petit matin, où les dominés ω peuvent enfin manger, alors qu’il fait grand jour, et que c’est l’heure d’aller dormir…

 

     Ce modèle social simple, basé sur la force physique et la survivance des adultes, montre qu’il n’y a pas d’égo et de sentimentalité chez les rats sauvages. Les « rituels » de maternité et de toilettage mutuel étant des pratiques courantes chez les mammifères grégaires, en colonie ou meute, il ne nous semble pas pertinent de les considérer chez les rats comme des éléments « sentimentaux », ou de socialisation[3]. Cet ego inexistant se retrouve dans l’absence de sentiment de propriété : un terrier inondé, effondré ou débusqué par un chien ou un chat, est abandonné sans état d’âme.

 

     Les rats solitaires sont des rats affamés qui ont fuit une colonie, souvent parce qu’ils sont β ou ω, et cherchent à s’implanter dans un nouvel espace de vie. Ce sont les rats dits « explorateurs », qui progressent lentement et très prudemment dans un territoire inconnu. Rappelons que les rats sont des migrants craintifs et certainement pas des colonisateurs agressifs. Là où les ressources vitales sont abondantes, un rat β ou ω migrant peut se faire adopter par une colonie voisine, dont il ne remet pas en cause ses dominants α.

 

     Sur de grands complexes agricoles largement infestées, il est constaté que les colonies présentes n’ont pas de liens génétiques entre elles. Il arrive ainsi que des rats β’ « indépendants », repoussés par les femelles dominantes de leur clan, soient tués par des congénères d’autres colonies qui préservent leur « territoire ». Une grosse ferme représente en effet un ensemble de ressources vitales limitées. Cela confirme que les niveaux d’infestations se régulent en fonction de ces ressources vitales, sans intervention particulière de prédateurs.

 

     Comment cette régulation se manifeste-t-elle concrètement ? Les femelles dominantes repoussent les assiduités des mâles, et repoussent ces mêmes mâles lorsqu’ils s’approchent des jeunes femelles en œstrus. Certaines mères dominantes tuent même leurs petits ou ceux d'autres femelles !

 

     Effectivement, en situation de survie, les rats préservent instinctivement l’espèce en n’éprouvant pas de pitié pour les faibles, qui sont mangés par les plus forts. Les survivants comptent beaucoup plus de femelles que de mâles, ce qui assure un taux de reproduction maximal.

 

     Une expérience réalisée par l’INRA de Versailles à la fin des années 80 confirme ces éléments. Une cinquantaine de surmulots (50%, mâles, 50% de femelles) est maintenue.

    Première étape de l’expérience : ils ont à boire à volonté, mais la quantité de nourriture distribuée n’augmente pas après les dernières mises bas. Après le sevrage des ratons, apparaissent des affrontement pour accéder aux aliments. La reproduction cesse.

    Deuxième étape : arrêt de la distribution de nourriture. Les rats se mangent entre eux. Après quelques jours il reste neuf rats amaigris et agressifs : huit femelles et un jeune mâle. Le mâle dominant a été tué et dévoré. Cette expérience confirme en outre que les dominations matriarcales sont une réalité.

 

     Considération importante : la hiérarchie sociale des rats n’est perceptible que sur des sites où les ressources vitales sont limitées. Là où la nourriture abonde et où les possibilités de nidification sont importantes, les comportements agonistiques sont exceptionnels.

 

     Les souris, quatre fois plus actives que les rats, ne présentent pas aussi nettement une hiérarchisation sociale. Comme chez les rats, ce sont les mâles qui assurent la protection des ressources vitales.

 

[1]Ce mode social basé sur la survie des adultes et la hiérarchisation de l’accès à la nourriture, constitue le principal moteur de l’émigration/ colonisation et se retrouve chez d’autres mammifères carnivores grégaires (loups, dingos d’Australie), mais aussi chez les rapaces charognards, les tortues terrestres et des poissons de roche : il est établi que l’extension de leurs zones d’habitat se déroule selon ce modèle.

[2] Ceux qui ont plusieurs chiens ou chats connaissent la chose : chaque animal doit avoir sa gamelle, pas trop proche de celle d’un autre. Il en est ainsi de tous les mammifères.

[3] Les rats de laboratoire ou d’élevage, qui ont une vie beaucoup plus confortable que leurs cousins sauvages, développent des comportements classiques de mammifères de compagnie : empathie, jeux, affection… A l’état sauvage, ce n’est pas vraiement, voire pas du tout le cas.